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Lorsque l’on a, comme c’est le cas de Lucien Clergue, été porté sur les fond baptismaux de l’aficion par des parrains aussi prestigieux que Cocteau ou Picasso, comment ne possèderait-on pas de la tauromachie une vision tout à la fois profonde et originale ? Fidèle, aussi, tant il est vrai que tout au long d’une carrière féconde qui a valu au maestro arlésien une renommée internationale, la tauromachie a toujours été source d’inspiration pour lui. “Jusqu’ici il n’y a pas eu de toros et peu de Goya. Ce qui pour une goyesque était un comble... J’ai voulu revenir aux bases.” Quatre idées force dans ce projet monumental : d’immenses évocations du Juli et Juan Bautista avec en surimpression quelques oeuvres picturales recouvriront les tours, tandis que quatre photos orneront les burladeros, lesquels seront bien sûrs enlevées à l’issue du paseo. Pour la piste, Lucien Clergue a imaginé un tryptique d’ombres portées de toreros matérialisées par des ocres sombres ou claires. Et pour donner à “l’habillage” une dimension supplémentaire, l’idée d’un accompagnement musical s’est imposée, de même que la personnalité de celui à qui il convenait de le confier, l’immense Manitas de Plata lui-même, dont Picasso, en le découvrant lors d’une fête gitane, s’exclama : “Celui-là, il vaut plus cher que moi !”. Il convient là aussi de parler d’un véritable retour aux sources, puisque dès 1955 Lucien Clergue s’intéressa à travers Manitas de Plata au monde des gitans et que la carrière de ce dernier démarra après qu’un producteur américain eut découvert les portraits qu’avait exposé à New-York son ami photographe. Âgé aujourd’hui de 86 ans, le gitan aux doigts d’argent, après avoir séduit les plus grandes scènes du monde, trouvera dans l’amphithéâtre un auditoire à la mesure de son talent. Quant à Lucien Clergue, quelques jours après la corrida goyesque, son tour viendra de prendre une alternative de choix : vêtu de l’habit vert et lumière confectionné par Christian Lacroix et armé d’une épée spécialement fondue pour lui par l’atelier Bermejo qui fabrique celles des toreros à Tolède, il fera le paseo sous la prestigieuse Coupole où il sera reçu par ses nouveaux pairs. Et grâce à lui, qui fut aussi il y a bien longtemps valet d’épée de quelques novilleros arlésiens avant d’être le portraitiste de toutes les stars de l’arène, c’est toute la tauromachie française qui y pénètrera à sa suite, en catimini, pour l’ovationner. |