Pour les toreros en recherche du toreo profond, la création surgit dès lors que les sentiments prennent le pas sur la technique, cristallisant en un instant des années de quête absolue. Cheminement périlleux s’il en est, dont Morante est le meilleur exemple, Juan Bautista et Salvador Cortes les plus sérieuses promesses.
CORRIDA
6 toros de BANUELOS
Devise : rouge et brun Señal : orejisana des deux côtés.
la Cabañuela (Burgos).
Depuis plusieurs saisons, les « juanpedros » de Garcigrande sont habitués des grandes ferias où leur caste rarement docile en fait des adversaire de choix pour les figuras. La sélection rigoureuse du ganadero y est pour beaucoup, lequel n’oublie pas que le toro de combat doit avant tout être brave.
MORANTE DE LA PUEBLA
José Antonio Morante est est né à La Puebla le 2 octobre 1979. Il a pris l’alternative à Burgos le 29 juin 1997 des mains de César Rincon et Fernando Cepeda face à des toros de Juan Pedro Domecq. En 2005 il a participé à 48 corridas pour 42 oreilles.
À une époque où le toreo se décline le plus souvent sur le thème de la performance, l’avènement d’un torero comme Morante est un luxe pour l’aficion. Profondément artiste... et de moins en moins inconstant, Morante perpétue la tradition des grands créateurs qui tout au long de deux siècles d’histoire d’un art basé sur l’instant l’ont illuminé de leurs fulgurances. Mais à la différence de la plupart de ceux qui l’ont précédé dans cette voie où les élus sont rares, Morante est également un torero doté d’une technique appréciable et d’un sens de la lidia qu’il puise aux sources du toreo moderne, avouant être un admirateur inconditionnel de Joselito “El Gallo” dont il a remis au goût du jour, après étude minutieuse des images de l’époque, les molinetes “gallistas” et autres changements de mains en marchant. Sur la base de ce répertoire et grâce à son inspiration, Morante a donc offert l’an passé aux aficionados quelques unes des meilleures faenas de la saison, à Grenade, Jérez, Salamanca et Manizales notamment. La raison en est simple : puisant la profondeur de son toreo dans son inspiration, Morante investit chacun de ses muletazos de sa puissance créatrice, essayant de faire de chacun d’eux une oeuvre aboutie. Ce qui explique qu’aucune de ses faenas n’est semblable à celles qui l’ont précédée et que son toreo se situe aux antipodes de celui plus routinier de ses compañeros qui basent tout sur la technique. Celle de Morante se fait oublier, laissant libre court à l’expression la plus pure de ses sentiments.
JUAN BAUTISTA
Juan Bautista est né à Arles le 12 juillet 1981 où il a pris l’alternative le 11 septembre 1999 des mains d’Espartaco et César Rincon face à des toros de Zalduendo. En 2005 il a toréé 18 corridas pour 22 oreilles.
Triomphateur de la Pentecote nîmoise et de la feria du Riz, Juan Bautista a offert en 2005 aux aficionados un retour rempli de promesses lors d’une temporada européenne remplie de succès. Mais c’est au Mexique durant l’hiver, à Monterrey, Queretaro et Caldereita notamment, qu’il a atteint la meilleure dimension de son toreo classique et profond, confirmant être désormais une des valeurs sûres de l’escalafon. Ce qui lui permet d’envisager la saison 2006 avec confiance, celle-ci devant lui permettre de revenir au premier plan après une saison et demie d’interruption de sa carrière.
SALVADOR CORTES
Salvador Cortes est né à Séville le 3 août 1981où il a pris l’alternative le 11 avril 2005 des mains de Morante et Matias Tejela face à des toros de Nuñez del Cuvillo, coupant deux oreilles. En 2005, il a participé à 32 corridas pour 47 oreilles.
Après un an d’alternative à peine, le toreo de Salvador Cortes possède la force tranquille des oeuvres abouties. Révélé par son alternative lors de la dernière feria de Séville puis oublié par le mundillo durant pratiquement trois mois, Salvador Cortes a peu à peu remonté la pente pour finalement apparaître en fin de saison comme un des toreros révélation dans un créneau qui n’est pas particulièrement fourni : celui des toreros capables de toréer bien des toros très différents et de passer d’un toreo de domination à un toreo artistique. Ce que les aficionados français qui l’ont vu triompher comme novillero face aux Miura de Carcassonne notamment savaient déjà, mais qui s’est confirmé de manière écaltante tout au long de la saison. Pour sa présentation en France dans le cadre d’une grande feria, le toreo sévillan sait jouer une carte importante pour la suite de sa carrière.