Sur les traces du Juli, intouchable numéro un mondial, Sébastien Castella et Miguel-Angel Perera reculent les limites du possible en investissant le terrain périlleux dans lequel le triomphe s’obtient au prix de quelques cornadas.
CORRIDA
6 toros de GARCIGRANDE
Devise : blanche et rouge Señal : « horquilla » à droite et « hoja de higuera » à gauche Finca : "Garcigrande", Alaraz (Salamanca) Origine : Juan Pedro Domecq Ancienneté : 29 juin1986
Depuis plusieurs saisons, les « juanpedros » de Garcigrande sont habitués des grandes ferias où leur caste rarement docile en fait des adversaire de choix pour les figuras. La sélection rigoureuse du ganadero y est pour beaucoup, lequel n’oublie pas que le toro de combat doit avant tout être brave.
EL JULI
Julian Lopez “El Juli” est né le 3 octobre 1982 à Madrid. Alternative à Nîmes le 18 septembre 1998 des mains de Manzanares et Ortega Cano. En 2005 il a toréé 61 corridas pour 67 oreilles.
Lorsqu’il s’agit de parler du Juli, tous les superlatifs deviennent inutiles : le Juli est “le plus” partout, imposant sa présence, son intelligence, son courage, son charisme et sa puissance face à tous les toros. Mieux que la plupart de ceux qui l’ont précédé au plus haut niveau, il a assimilé toutes les techniques, ce qui lui permet de donner à chaque toro sa lidia, sachant aussi bien offrir à ceux qui la demandent beaucoup de distance, ou réduire au strict minimum l’espace lorsque telle est l’unique solution. Des cites lointains enchainés sur des séries amples, à la tauromachie millimétrée d’Ojeda, le Juli passe avec une facilité déconcertante dont seuls de très rares toreros firent preuve avant lui. Comment s’étonner alors de la suprématie insolente qu’il exerce sur l’escalafon même si de jeunes toreros comme Castella ou Perera sont manifestement désireux de la contester en investissant le même terrain que lui ? Reste pour eux à combiner comme le Juli distance longue et distance courte, tout en essayant ponctuellement de rivaliser avec lui. Ce qui devrait donner lieu à Arles, arène fétiche du Juli en France où il a toujours triomphé, à une empoignade intense entre le numéro un mondial qui fait déjà figure de vétéran et ses deux challengers les plus ambitieux, qui ont en fait le même âge que lui.
SEBASTIEN CASTELLA
Sébastien Castella est né à Béziers le 31 janvier 1982 où il a pris l’alternative le 12 août 2000 des mains de Ponce et José Tomas. Il a confirmé le 28 mai 2004 des mains de Ponce et Matias Tejela. En 2005 il a participé à 65 corridas pour 62 oreilles, se classant 4ème de l’escalafon.
Avec une constance admirable, tarde après tarde, Sébastien Castella construit depuis deux ans l’image de torero stoïque qui lui a permis contre vents et marées de se hisser grâce à ses seuls mérites dans le dernier carré de l’escalafon. Sa volonté de ne jamais rompre qui confine parfois à de l’obstination ferait sans doute le bonheur des analystes, si depuis José Tomas les limites de l’héroïsme n’avaient été franchies. Mettre ses pas dans ceux du torero culte de la fin du XXème siècle est devenu pour Sébastien une obsession, au point de le pousser, sourire aux lèvres, à de fréquentes prises de risque suicidaires qui lui ont valu à ce jour quelques cornadas graves et d’immenses succès dont le plus précieux reste à ce jour d’avoir conquis l’aficion madrilène, en mai d’abord lors de la San Isidro, puis en octobre pour la feria d’automne. Mais son courage hallucinant ne doit pas occulter la volonté du biterrois de développer le toreo plus ambitieux qui pourrait faire de lui un des toreros les plus importants de notre époque, ce qui comblerait l’aficion qui croit en lui.
MIGUEL ANGEL PERERA
Miguel-Angel Perera est né à Puebla de Prior (Badajoz) le 27 novembre 1983.
Il a pris l’alternative à Badajoz.
En 2005, il a participé à 46 corridas pour 49 oreilles.
Au terme d’une saison 2005 au cours de laquelle il fut loin de confirmer les espoirs placés en lui, Miguel Angel Perera est en quelques corridas redevenu le centre d’intérêt du mundillo. Deux indultos consécutifs accompagnés d’autant de triomphes et une magnifique prestation madrilène sanctionnée par une cornada plus loin, Miguel Angel Perera a confirmé être le grand espoir de sa génération, au point de voir sa carrière gérée désormais par l’empresa des arènes madrilènes. Fortement imprégné du stoïcisme propre au toreo de José Tomas - ce qui le rapproche de Sébastien Castella - Miguel Angel Perera est également un technicien hors pair capable de combiner le toreo à mi- distance avec les cites les plus rapprochés que son temple prodigieux préserve de toute brusquerie inopportune. Comme Castella, Perera croit en son destin et a pris pour point de mire la comète Juli. Comme Castella aussi, Perera a apporté la preuve de sa capacité à se dépasser dans les grandes occasions. Mais mieux que Castella peut-être, Perera semble en mesure d’évoluer très vite vers un toreo plus complet à condition toutefois de se départir de la froideur apparente qui est indubitablement le signe de son irrépressible volonté. Ce dont on le sait capable et qui ne saurait tarder pour peu que son ambition soit mise au service de ce but plus noble, ce qui sera le cas quand il aura décidé de partager plutôt que d’imposer.