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Courses Camarguaises




Feria du Riz
 
 
Edito

CENT CINQUANTE ANS ET UN JOUR

Labyrinthe de pâtures et de marais où cohabitent hommes et bêtes, le pays d’Arles possède une richesse inégalée qui explique aussi bien la présence sur son territoire de la plus ancienne des ganaderias françaises, que l’accession fréquente de l’un des siens au grade envié de matador. Cette richesse, les cent cinquante ans de la ganaderia Yonnet en attestent, de même que le grand jour offert à l’occasion de son alternative à Roman Pérez. Cent cinquante ans d’histoire et un jour de gloire. Celle des fils du pays arlésien.

La feria du Riz est l’expression vivace et pérenne de ce pays authentique où le taureau n’est jamais un comparse. Pays de légendes et de mythes, Arles est le berceau de la tauromachie française. Et si celle-ci avait besoin de symboles pour démontrer sa légitimité et croire en son avenir, quel meilleur cartel monterait-elle que celui de cette alternative de luxe au cours de laquelle deux enfants du sud ayant triomphé partout feront matador un troisième qui depuis deux ans caracole en tête du classement des novilleros ? Juan Bautista et Castella adoublant Roman Pérez, c’est l’aboutissement d’une aventure collective débutée au XIXème siècle par les premiers toreros arlésiens.

Une aventure rendue possible par la présence du taureau dont la famille Yonnet est depuis un siècle et demi la gardienne. Depuis un siècle et demi, la Belugo – l’étincelle - est synonyme de toro. Un siècle et demi d’efforts acharnés qui ont abouti à l’émergence d’une ganaderia originale dont les mots d’ordre furent toujours caste et mobilité, présence et personnalité. Quelle meilleure manière d’honorer la ganaderia Yonnet à l’occasion de son cent cinquantième anniversaire, que de lui offrir l’occasion de se mesurer à quelques élevages historiques : Partido de Resina, Prieto de la Cal, Conde de la Corte, Perez de Vargas, Cuadri, cinq noms prestigieux et un défi à relever : démontrer que la bravoure n’a pas de frontière, ce que les toros de la Belugo ont depuis longtemps permis de vérifier.

Ces toros, à quelques années près, Goya aurait pu être leur contemporain. Et si le génial peintre ne visita jamais les marais de Camargue, son empreinte puissante a marqué à jamais la tauromachie. Baroque, classique, héroïque, halluciné ou romantique, le toreo est source de création. Le duende envoûté d’Aparicio, l’académisme altier du Cid, l’esthétique de Manzanares, si Goya revenait, nul doute qu’il trouverait dans le cartel de cette corrida à laquelle son nom est attaché matière à de nouveaux chef-d’ oeuvres.

Tout comme il trouverait en Mendoza et Ventura les dignes héritiers du Cid Campeador. Entre Mendoza et Ventura la competencia n’est pas feinte et si leur première rencontre dans l’amphithéâtre a donné lieu pour Pâques à une confrontation de très haut niveau, la seconde s’annonce plus passionnante encore au terme d’une saison au cours de laquelle les escarmouches auront été nombreuses. Et si l’issue de cette revanche que chacun attend demeure incertaine, une chose semble sûre : malgré les assauts farouches de son impétueux dauphin, le roi Mendoza n’est pas prêt à abdiquer.
Arles non plus, enracinée dans sa tradition taurine dont elle offre avec la Feria du Riz l’expression la plus profonde, la plus intime et la plus généreuse.

Venez la vivre avec nous.

Luc et Marc Jalabert.