Madrid 22 mai 2007, corrida de la Presse. La corrida la plus importante de l’année. Perera blessé, l’empresa fait appel à Juan Bautista qui vient de triompher en début de San Isidro. Sébastien Castella, torero de base de ce cartel étoile, donne son accord. Il aurait pu refuser. Le reste, c’est une des pages d’histoires les plus émouvantes des premières arènes au monde. Une corrida encastée du Puerto de San Lorenzo, Castella qui s’impose avec autorité, Juan Bautista qui donne la réplique en finesse sous un déluge d’apocalypse, puis Castella encore, pour n’être pas en reste, qui se laisse immoler, au milieu du grand ruedo. Présent en barrera, stoïque malgré le déluge, le Roi Juan Carlos demande les oreilles. Une pour chacun. Ils en méritaient deux.
Ce jour-là, Juan Bautista et Castella ne sont pas en mano a mano mais le public madrilène ne se souvient que d’eux, de l’entrega totale et inconditionnelle du biterrois, de l’arlésien aux gestes de soie. Ce jour-là aussi, entre les deux toreros français qui avouent mal se connaître et ne pas se fréquenter en dehors des ruedos, quelque chose est passé. Comme une communion de pensée probablement imputable à leur nationalité. Mais pas que cela. Car dans l’abrazo sincère qu’ils se donnèrent au moment de quitter le ruedo sous les ovations, il y avait aussi l’admiration mutuelle que chacun porte à l’autre en vertu de cette attirance naturelle qu’exercent les contraires entre eux et de cette inclinaison qu’ils ont tous deux à puiser au fond d’eux-mêmes pour essayer d’y trouver ce que l’autre offre à profusion. Depuis cette corrida madrilène, Juan Bautista et Castella n’ont pratiquement plus toréé ensemble. Et pas depuis plus d’un an en tous cas. Cosas del mundillo... Mais l’estime mutuelle demeure, ainsi que l’envie bien naturelle de s’imposer, Castella par cette entrega totale qu’il est en train de faire évoluer vers davantage de douceur et de volupté ; Juan Bautista, par son toreo de classe qui a atteint en fin d’année dernière une nouvelle maturité grâce à un surcroît d’autorité. La competencia s’annonce sévère. À Madrid où ils se disputaient l’Oreille d’Or de la Presse, même le Roi qui la leur avait remise à tous deux n’avait pas souhaité départager ces deux princes de l’arène, ratifiant ainsi une des plus belles pages de la tauromachie française. |