Une époque s’achève, une autre commence, mais heureusement pour les aficionados, pendant quelques temporadas encore les deux vont se chevaucher. Celle qui s’achève, c’est celle de la suprématie insolente de Pablo Hermoso de Mendoza sur le monde du rejoneo depuis presque quinze ans. Celle qui débute est celle de la suprématie prochaine de Diego Ventura, dont tout semble indiquer qu’il est, aux yeux du grand public au moins, l’héritier du premier. Il serait pourtant osé d’assimiler l’un à l’autre tant les différences entre eux sont nombreuses. Leur seul point commun, serait-on tenté de dire, est le poids commercial qu’ils représentent tous deux aujourd’hui sur le marché, lequel est directement proportionnel à l’attrait qu’ils exercent sur les foules, et à l’aune de leurs popularités respectives il est permis de constater que sur la balance du mundillo leurs deux influences sont prêtes à s’équilibrer. Autrement dit, l’heure est venue pour Mendoza de partager et pour Ventura de prendre ce qui lui revient de droit au regard de son talent, de sa fougue, de son ambition et de sa réussite, qualités qui en son temps permirent aussi à Mendoza de s’imposer. Leur ressemblance s’arrête là. Car pour le reste, et heureusement pour le spectacle, leurs personnalités sont radicalement opposées et leur manière de concevoir le rejoneo le sont tout autant : d’un classicisme rigoureux qui en deviendrait parfois austère s’il n’était accompagné de tant de perfection celui de Mendoza, d’une inventivité fougueuse jusqu’à l’outrance parfois celui de Ventura qui n’en revendique pas moins son respect des règles classiques et son orthodoxie. Un peu cruellement, ce dernier ne clamait-il pas l’an passé que son modèle était Gines Cartagena et que cette première place qu’il ambitionnait de prendre, il la voulait tant que Mendoza était “en vie”. Insolence de la jeunesse... Il lui faudra toutefois attendre encore un peu, le maître n’ayant aucune intention de concéder au disciple plus que ce à quoi ses efforts et ses triomphes lui donnent droit : un confortable strapontin accolé à son trône sur la plus haute marche du rejoneo, ce qui est déjà beaucoup et que personne depuis quinze ans n’avait obtenu de lui. Pour le trône, il faudra sans doute patienter un peu, même s’il est évident que les coups de boutoir du prétendant ont déjà commencé leur travail de sape. Car au terme de sa formidable saison 2008 qui l’a vu triompher phénoménalement partout et surtout à Madrid et Séville, Diego Ventura entend bien enfoncer le clou. À leurs côtés Fermin Bohorquez est le plus élégant des cavaliers de sa génération, un modèle d’orthodoxie et de toreria, avec la touche de grâce des toreros andalous. |