De NEW YORK à ARLES
Cela aurait pu être le titre d’un film de Vicente Minelli : «Une Américaine en feria». Et avec son béret vert sur des cheveux roux, son teint de lait et un rire de gamine, Ena Swansea aurait pu décrocher un rôle, du bout de son minois. Sauf que cette Américaine est venue à Arles non seulement pour vivre sa première feria (et ses premières corridas), mais aussi pour imaginer le dessin de la Goyesca de la prochaine Feria du Riz. Tout a commencé pour cette artiste reconnue aux États-Unis par un choc : «l’effet Stendhal» dit-elle en référence au malaise de l’écrivain devant les splendeurs italiennes.
Ce choc, elle l’a eu Chez Bob, en Camargue, en découvrant les photographies de la Goyesca de Christian Lacroix en 2005. Et comme une évidence, elle a bâti le rêve de réaliser le même travail. «Tous les artistes contemporains sérieux doivent se confronter à l’art espagnol, en peinture. Mais la corrida est un art au centre de cette culture», dit-elle.
Du coup, bien avant que son travail ne séduise les empresas des arènes d’Arles, elle s’est immergée en douceur, retrouvant avec délices ceux qui ont influencé son travail : Vélasquez et Goya. Avec ce sentiment que cette Goyesca allait être l’aboutissement d’un chemin personnel. «Et je suis en toute humilité, consciente que je n’ai pas un propos sur la corrida. Non, je voudrais juste être à la hauteur de la corrida». Elle dit aussi, depuis qu’elle a vu sa première course, que «destruction et créativité sont liées, et de la façon la plus intense dans la corrida. Là, la créativité et la puissance de l’être humain rencontrent le mystère et la puissance de l’animal (..) La confrontation s’achève avec la
danse du toro avec le matador et la fresque de la Goyesque, s’achèvera par la chorégraphie de la corrida».
Ena aujourd’hui, a des taureaux dans la tête, et l’envie de décorer aussi, les soixante travées vers l’extérieur. Pour «qu’il y ait un partage». Devant les Miura, devant la première mise à mort de sa vie, elle n’a pas cillé, regardant en artiste, un drame se tramer. Ah oui, Ena Swansea est végétarienne, sans que cela n’ait de rapport avec une quelconque philosophie. Mais quand on l’écoute, on se dit que ça n’a définitivement, aucune importance.
Silvie ARIES
Journal La Provence
Lundi 5 avril 2010 |